Excellente tribune de Nabil Ennasri

Depuis ce matin, on ne parle que de ça : la tentative d’attentat avortée d’un jeune « de nationalité algérienne » qui visait deux églises. Tous les médias en parlent, le gouvernement est vent debout. Manuel Valls a même pris la parole.

Je n’ai pas vu le même emballement il y a quelques semaines. Lorsque 4 jeunes d’un lycée militaire avaient été arrêtés alors qu’ils préparaient une attaque contre la mosquée « Al Salam » de Montélimar à l’aide « d’explosifs ». Après leur garde à vue, ces jeunes avaient été libérés. On n’a alors pas parlé de projet d’attentat « terroriste » comme si cette qualification n’était réservée qu’à un profil bien particulier. Il y a même eu pire, lisez bien.
Christophe Lavigne est un ancien militaire baignant dans une idéologie d’extrême droite. En août 2012, il avait jeté un cocktail molotov contre la mosquée de Libourne (33). Pour cet acte, la justice lui avait infligé un séjour en prison. Jusque-là, rien d’anormal.

Le problème est que le même personnage avait planifié un projet d’attentat beaucoup plus violent. En août 2013, il avait prémédité une attaque contre la mosquée Al Forqane de Vénissieux, près de Lyon. Il n’avait pas choisi n’importe quel jour puisqu’il prévoyait de commettre son carnage le jour de l’Aïd el-fitr, cette fête qui célèbre la fin du Ramadan et au cours de laquelle les mosquées sont bondées. Alertés juste à temps, les gendarmes l’avaient interpellé et retrouvé chez lui de nombreuses munitions. Ancien militaire, bourré le crâne par les thèses de l’extrême-droite et récidiviste, cet homme présentait un danger imminent pour la société. On imagine en effet le carnage et les conséquences cataclysmiques si le drame avait eu lieu.

Malgré tout cela, l’homme était passé devant la justice mais il avait bénéficié … d’un non-lieu. Ces faits rapportés l’an dernier par les sites du CCIF et d’Al-kanz sont passés relativement inaperçus. Un futur Andreas Beivik qui projetait de décimer des musulmans par dizaines n’avait non seulement pas beaucoup marqué les esprits mais en plus était relaxé pour une affaire qui aurait pu constituer l’une des journées les plus noires de notre histoire contemporaine. Selon le CCIF, ce non-lieu était motivé par le fait que les juges avaient estimé que « les balles qui devaient servir à l’attentat étaient des munitions autorisées par la loi ». Une issue « de dingue » pour reprendre une expression consacrée.

Pourquoi évoquer ces histoires aujourd’hui ? Car beaucoup pensent qu’on est encore une fois en face d’un deux poids deux mesures. S’il est légitime de s’indigner sur ce projet d’attentat manqué contre deux églises, pourquoi ne pas avoir eu le même niveau de mobilisation lorsqu’une mosquée avait été menacée de carnage? S’il faut se mobiliser contre le terrorisme sous toutes ses formes, il n’y a pas un terrorisme plus « condamnable » que les autres. A moins de considérer que l’auteur présumé du forfait soit un motif de distinction (c’est plus « vendable » de faire la Une sur un projet d’attentat d’églises d’un jeune « de nationalité algérienne » que sur le projet d’attaque d’une mosquée provenant d’un ancien militaire français), on ne saurait comprendre cette propension à faire le tri dans le traitement de l’information.

Si la France est attaquée, il convient de se mobiliser tous, sans distinction. Avec la même énergie envers ce qui mine le vivre-ensemble.

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