La diversité de droite à la conquête des quartiers

Pendant longtemps, l’engagement politique des Français de confession musulmane se déclinait à gauche, au Parti socialiste. Mais les temps changent. Aujourd’hui, des militants issus des quartiers populaires n’hésitent pas à se revendiquer libéraux ! Zaman France les a rencontrés.

Le 11 décembre dernier, Melting Book, le site de portraits professionnels fondé par la journaliste et écrivain Nadia Henni-Moulaï, organisait une rencontre débat dans un café parisien avec la participation de Yassine Lamaoui, un jeune entrepreneur et militant libéral issu des quartiers. Le profil de Yassine Lamaoui est pour le moins atypique.

Ce conseiller municipal dans la commune de Sainte-Geneviève-des-bois dans le 91, est issu des quartiers populaires et a fondé son propre parti, le PDG (Parti des Génovéfains) de tendance libérale.

«Je viens d’un quartier où la politique de l’Etat n’est pas bien arrivé et dans ce cas là, il faut se débrouiller tout seul. Cela nous pousse à développer des outils et à devenir libre face à la montée du chômage et au désœuvrement. Je n’ai jamais été aussi productif que lorsque je me suis retrouvé au chômage», explique-t-il à demi ironique.

Peu bavard sur ses activités économiques, «on se débrouille» dira-t-il, Yassine l’est plus sur ses engagements, ses idées et son parcours difficile. «L’école ne m’a rien apporté à part le powerpoint et word. L’égalité des chances chère à la gauche ne fonctionne pas tout comme la méritocratie de droite qui ne profite qu’aux surdoués. Dans les quartiers, on se fait tout seul», confie-t-il.

Des idées libérales pour les quartiers

Ses conditions de vie et sa réflexion sur le fonctionnement économique l’ont orienté vers la voie libérale qui lui semblait la plus adéquate. «Sans dépense publique, on peut y arriver en rendant les gens plus responsables», se plaît-il à déclamer, haranguant le petit comité de militants, journalistes et amis qui ont fait le déplacement pour l’entendre.

Si son parcours peut surprendre, le profil de Yassine Lamaoui est loin d’être unique. Il s’inscrit en partie dans la nouvelle vague d’acteurs politiques issus le plus souvent des quartiers populaires, de milieu ouvrier et de confession musulmane qui ont choisi la droite à l’image de ses «collègues» .

Yassine Lamaoui reçu par l’ancien Premier ministre François Fillon.

Certes, ce ne sont pas les premiers dans ce domaine. Dans les années 90, de nombreux acteurs politiques avaient fait ce choix.

Des personnalités nationales telles que Tokia Saïfi, ancienne secrétaire d’Etat chargée du Développement durable et vice-présidente du Parti radical, Azouz Begag, ministre sous le gouvernement Villepin un peu plus tard, et depuis plus de 10 ans, des figures comme Rachida Dati, sans même mentionner tous les acteurs politiques locaux qui ont mené campagne pour les municipales à l’image de Slimane Dib pour l’UMP ou l’entrepreneur Aziz Senni pour le centre droit. L’histoire d’amour entre la droite et les Français(es) de confession musulmane n’est donc pas née d’hier.

Tokia Saïfi est une ancienne secrétaire d’Etat chargée du Développement durable.

L’association Fils de France crée en mars 2012 et présidée par Camel Bechikh poursuit, en l’approfondissant, ce travail d’ancrage des Français musulmans à droite, autour de notions présentées comme des valeurs telles que la Nation, l’amour de la France, la loyauté, l’intérêt national, le conservatisme social. En Seine-Saint-Denis, l’Union des associations musulmanes du 93 (UAM 93) représentée par M’hammed Henniche est aussi engagé plutôt à droite depuis au moins quinze ans.

Enterrer la politique de la ville

L’un des piliers de ce travail est de décomplexer ces Français sur leur rapport à la droite et de les convaincre que la gauche n’est pas nécessairement leur horizon naturel. De ce côté là, les nouveaux acteurs de la droite française n’ont pas froid aux yeux.

«Sur le terrain associatif, j’ai pu voir le jeu dévoyé des élus avec le fait musulman ce qui m’a poussé à m’opposer au financement public des mosquées qui constitue un détournement de la loi de 1905, confie Yassine Lamaoui. Je suis également pour la suppression de la politique de la ville amorcée dans les années 1980 et qui devait constituer un régime dérogatoire. Aujourd’hui, cette politique est un échec. Plus de 500 millions d’euros investis et les résultats ne suivent pas».

Interrogé sur les mesures locales et nationales qu’il défend politiquement, le président du PDG qui se satisfait de la loi Macron, affirme être favorable à la suppression de la carte scolaire, à l’établissement d’un chèque éducation, au travail du dimanche ou encore à l’ouverture de la sécurité sociale à la concurrence européenne.

«La sécurité sociale, c’est 600 milliards d’euros pour toujours plus de précaires. En France, quand vous êtes malade vous dépendez du régime obligatoire. L’Europe dit : vous avez le droit de choisir un autre assureur». L’élu se prononce aussi contre le cumul des mandats et contre tous les privilèges liés aux fonctions politiques.

Un promoteur convaincu du libéralisme

Mais Yassine Lamaoui n’est pas seulement un militant libéral engagé politiquement. C’est un homme convaincu de la justesse de ses idées, un homme de convictions.

«Le libéralisme véritable n’a jamais été pratiqué en France. Quand sur 100 euros, l’Etat en prend 57, on ne peut plus parler de libéralisme ! Le libéralisme signifie que l’Etat s’occupe de ses fonctions régaliennes et les citoyens se prennent en charge. Le véritable libéralisme est contre les rentes et les privilèges. Le capitalisme d’Etat est un capitalisme de connivence». Et le jeune cadre de répéter à qui veut bien l’entendre que «plus l’Etat est défaillant, plus le discours libéral gagne».

Le principe de subsidiarité cher aux libéraux qui signifie résoudre les problèmes et orienter l’action là où il est le plus efficace de le faire et dans le sens de l’intérêt général est la règle cardinale du jeune Lamaoui.

Pour une autre image de la banlieue

A quelques encablures du siège de Yassine Lamaoui, un homme écoute attentivement. Veste bleu clair, lunettes et visage détaché, Farid Temsamani, 36 ans, est un observateur discret. Mais son parcours et son CV sont des plus riches.

Consultant en intelligence économique sur l’Afrique subsaharienne, entrepreneur, diplômé en études de gestion, finances publiques et privées et audit, Farid Temsamani accompagne un certain nombre de chefs d’entreprise et de grands patrons français le continent africain. Il est également conseiller en stratégie politique, sa principale activité et a déjà accompagné des hommes politiques importants, comme Franck Borotra ex-RPR, ancien ministre de l’Industrie, Pierre Bédier, Christine Boutin, Alain Joyandet ou Christian Blanc.

Farid Temsamani fait partie de ces cadres de la classe moyenne arrivée engagé tardivement sur le terrain politique et associatif. Membre du collectif associatif Banlieue Plus, Farid espère changer l’image négative qui colle à la peau des banlieues.

Farid Temsamani est le référent local de l’UDI dans la commune de Sevran, en Seine-Saint-Denis.

«Au moment où les trente ans de la Marche pour l’Egalité étaient célébrés, on se rendait compte que rien n’avait changé dans les quartiers. Améliorer leur image, cela passe par de la communication et des actions concrètes pour montrer que les jeunes peuvent s’engager pour des actions d’intérêt général», confesse-t-il.

A l’UDI, en plein cœur de Sevran

Mais les désaveux du monde associatif conduisent parfois à des enseignements amers, ou salutaires. «L’inexpérience et l’incompétence de certains responsables associatifs fait qu’on a encore beaucoup de chemin à parcourir. Il y a une rupture entre le monde associatif et politique. Les uns et les autres sont sclérosés et ne s’appuient pas sur leurs pouvoirs respectifs. Leurs intérêts divergent parfois».

La solution passe alors par un engagement politique. Depuis près de trois ans, Farid Temsamani s’est jeté à l’eau à Sevran, en Seine-Saint-Denis, sous les couleurs de l’UDI, sous les auspices du patron départemental de la formation de Borloo, l’incontournable Jean-Christophe Lagarde.

Il y a rejoint la trentaine de militants libéraux de centre droit près à conquérir la citadelle écologiste de l’actuel maire Stéphane Gatignon, autant par conviction que par sympathie pour les militants. «Nous partons à la rencontre des habitants dans les marchés et au cours d’événements comme les dernières élections européennes en mai dernier où nous avons organisé une conférence débat pour expliquer les enjeux de cette élection», dit-il.

«Être responsable, pragmatique et solidaire»

Etre d’origine maghrébine et militer à droite est-il de tout repos ? Pas forcément. «Il y a parfois une forme de suspicion. Après, quand les gens vous connaissent humainement au-delà du parti, les choses changent. Le fait que je m’appelle Farid et que je milite à l’UDI, les gens ont dépassé intellectuellement».

Philosophe, Farid l’est quelque peu et considère que lorsque l’on est critiqué, «soit on s’enrichit de la critique, soit on fait mieux». Sa définition du libéralisme ?

«Être responsable, pragmatique et solidaire». En attendant, Farid aspire à une chose dans sa commune. Réunir les différents quartiers de Sevran divisés entre quartiers populaires et quartiers pavillonnaires en organisant des événements entre les uns et les autres.

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